En société

APPARITION PROBABLE

C’est bizarre d’être
C’est bizarre d’être à côté
C’est bizarre d’être à côté de quelqu’un
C’est bizarre d’être à côté de quelqu’un d’autre

Comment faire pour se comporter
Pour supporter ce corps étrange
Étranger
Sans trop déranger
Ni trop déborder

Elle sera
Elle sera à côté
Elle sera à côté de vous
Elle sera à côté de vous autres
Comme un petit miroir
En un peu plus grand
Elle reflètera
Avec – Oh, juste un brin –
D’humour
Nos incongruités
D’humains policés

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Sur une idée et avec Estelle Bezault

Être

A quoi ça sert ?
Pour qui pourquoi ?
Quoi faire de ça ?

A défaut d’y répondre,
Tenter d’y réfléchir.

Munie du fil de ma pensée, je m’en vais explorer cet Être tout entier pour (tenter
de) lui trouver une raison.
Naître,
Au fil des saisons :
Être.
Puis, n’être plus quand c’est trop tôt.
Alors faire avec quand il faut faire sans.

Un texte d’abord, un poème.
Ecrit en vers libres,
Je m’amuse de cette langue fertile
Qu’il m’est permis de tricoter.
La fait sonner
De cette manière singulière
Qui tinte à mes oreilles,
Et se joue de mon cerveau.

Un objet sonore, donc.
Partition de mots
Soulignée ça et là par d’autres sonorités,
Amples, électriques.
Des compositions musicales sur-mesure
Accompagneront tantôt la pensée,
Ponctueront cette étonnante conférence,
Se marieront délicatement à la voix
Pour souligner la résonance.

Un monologue, enfin.
Une réflexion saugrenue,
Tendre ou troublante
Sur notre présence au monde.
Une parole ne pouvant être véhiculée
Que par une figure sans âge,
Sans nom,
Et sans principe.
Aller chercher cet Autre au fond.
Clown, ange, illuminé,
Appelons-le comme on voudra !
Cet individu éternel
Sera une ultime fois convoqué
Pour éclairer de sa spontanéité
Cette cogitation existentielle

[ Estelle Bezault – réflexion / avril 2025 ]

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Envoi du manuscrit :

Si vous souhaitez lire le texte Être, n’hésitez pas à m’écrire en m’envoyant votre message ici et je vous l’enverrai volontiers.

LABO’

Le Labo regroupe plusieurs artistes d’horizons différents : Véro Chabarot (comédienne & metteure en scène), Baptiste Brévart et Guillaume Ettlinger (artistes plasticiens), Myriam Brisset (danseuse, circassienne, metteure en scène), Léti (comédienne), Tony Jeanjean (technicien lumières et son), Karine Sahler (auteure et metteure en scène), Estelle Bezault (comédienne et metteure en scène), Julien Espéron (musicien), Clément Demaumont (danseur, trapéziste)…

Ensemble, ils cherchent, explorent, essayent, créent des formes originales s’intégrant dans l’espace public et, qui plus est, rural. Le public, non convoqué, se compose d’individus qui passent par-ci, comptent faire ça. Ainsi, nos laborantins et laborantines proposent des images étonnantes, des rencontres surprenantes et tissent sans bruit quelques liens inhabituels

Encombrant(s)

« Vivre, c’est passer d’un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner. »
[Georges Pérec]

Pour ne pas se vider, l’humain ramasse, assemble, recueille
Il cueille et récolte, il collecte
Il s’occupe, il s’applique et s’attache
Il range, nettoie, remue, débarrasse, répare, recolle, passe, défait, repasse, court, refait dans un sens, râle, essaye dans l’autre, se cogne, se relève, « Allô ? Oui. Non. Oui, oui. Non. », jette, mâche, crache
Enfile, attache, écoute la – éteint, allume, éteint – rallume la radio, débranche, cherche, se met à quatre pattes, tend, souffle, remonte, crie, ouvre, jette, ferme, ouvre et ferme
Ouvre, regarde et ferme
Ouvre, rentre, cherche, monte, remue, soulève, se baisse, arrache
Ça sonne
Descend, saisi, parle, écoute, raccroche
Raccroche les wagons, dézippe, ouvre et ferme, s’assoit
Attend, renifle
Remonte, rattache, tire, ouvre et ferme
Et finalement se vide à petit feu

L’humain occupe son quotidien. Comme il peut. Le quotidien préoccupe l’humain.
C’est ce qui l’emplit – l’humain – le relie à la vie.
Il a inventé de divines machines pour aller plus vite, pour aller plus loin.
Tout s’organise autour de lui. Il maîtrise. Il est maître. Maître de son univers.
A bras le corps, il s’élance dans cette course folle. Et bientôt disjoncte tranquillement.
Ses objets le malmènent, résistent, s’opposent à son bien-être.
Lui, l’humain obstiné, persiste et se débat.
– Tout lui échappe –
Il dompte sa maladresse, réprime sa bêtise
Il s’accroche l’humain
Et dans son sillon, se dessine sa vie
Sa vie bancale et morcelée
Fugace, sans intérêt

C’est à travers le prisme du couple dans nos sociétés contemporaines qu’Estelle
Bezault tente de démêler l’indémêlable : la fragile agitation d’une humanité en
berne. Encombrant(s), c’est une ode à ce qui ne sert à rien, un éloge de la fragilité, une réplique au « toujours-plus-toujours-mieux », un banal drame amoureux.